jeudi 13 mars 2008

L'impression de gratuité: temps de cerveau à vendre!

La nouvelle ère de croissance de la publicité sur internet, alliée à des difficultés chroniques à vendre du contenu en ligne, a engendré l'apparition de nombreux services « gratuit », ou plus exactement payés par le temps de cerveau disponible du consommateur. Le but de ces services est simple: attirer vers une offre légale les utilisateurs qui n'achètent pas ou plus de contenu, qu'elle qu'en soit la raison. Naturellement, l'offre est d'abord apparue via le streaming, proche des diffusions télé ou radio traditionnellement financées par la publicité.

Petit à petit, on voit donc se dessiner plusieurs modèles finalement compatible entre eux. Dernièrement, ce sont les Web radio, les sites d'écoute à la demande ou les sites de musique communautaire qui se développent. D'abord marginaux, ces sites ont su mettre en place des accords avec les majors et les Sociétés de Perception et de Redistribution des Droits (SPRD, comme la SACEM) afin d'être étiqueté « légale ».

Ainsi on trouve des sites comme Qtrax qui revendique le titre de « premier site de téléchargement de musique gratuit et légal ». Ce site américain est censé proposer plus de 25 millions de chansons, téléchargeables par le biais d'un lecteur maison (en réalité c'est un système de Peer to Peer légale). Les titres sont en effet protégés par des DRM, pour s'assurer que des publicités soient bien diffusées lors du téléchargement. Le prix à payer pour bénéficier de la gratuité. Mais Qtrax crée déjà la polémique : il affirme avoir signé des accords avec les quatre majors du disque pour exploiter leurs titres, ce que réfutent aujourd'hui trois d'entre elles…
Autre service gratuit: Deezer qui a su se faire un nom grâce à son service d'écoute musicale illimitée et gratuite (sans téléchargement), mis en valeur par un site très simple d'emploi. Mais Deezer peut surtout s'enorgueillir du premier accord signé entre un site de ce type et la Sacem. En gagnant ainsi le statut de plate-forme légale, Deezer a pu se développer en toute quiétude.
Last FM est quant à lui un mix entre webradio personnalisable et réseau de recommandation musicale. Récemment, Last.fm vient d'ajouter une corde à son arc : l'écoute illimitée gratuite, avec la bénédiction des majors du disque. Cela sans publicité, mais le système sera toutefois limité à trois écoutes par titre pendant la phase de rodage. Pour l'instant, le streaming gratuit n'est accessible que depuis les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Il faudra attendre quelques mois pour en bénéficier depuis la France.
MusicMe,Airtist, radio blog... de nombreux sites gratuits sont donc en marche.

Les modèles comme QTRAX montrent aussi que les réseaux peer to peer ne sont pas que synonyme d'illégalité et que ces derniers réseaux présentent des caractéristiques très intéressantes et peut apparaître comme un modèle de référence en matière de diffusion. Les services de p2p marchands existent depuis un certains temps et offre une opportunité en matière de rémunération pour les ayants droits des droits d'auteurs (auteurs/compositeurs) ou droits voisins (artistes-interprètes). De plus, le modèle de p2p offre des économies de distribution. La plus connus fonctionnant sur cette base est PLAYLOUDER (réseau fermé dont l'accès est payant. une fois le droit d'entrée au réseau payé, tout est gratuit). QTRAX est quant à lui financé par la pub. D'autres fonctionnent au paiement à l'acte (SNOCAP). Le modèle basé sur la publicité comme mode de financement soulève bien des questions à long terme: la publicité est-elle un puis sans fond capable de financer toutes ces plates formes et réseaux? Les économistes sont divisés sur la question et il semble que c'est le temps qui y répondra naturellement. Ces systèmes tendent donc à privilégier des DRM plus orientés vers l'identification plutôt que la protection des fichiers pour ainsi rémunérer les ayants droits.

Neuf a innové durant l'été 2007: les abonnés ADSL du FAI peuvent accéder par internet à un service de téléchargement illimité, gratuit pour l'offre de base (1 seul des 9 genres musicaux du catalogue), et vendu 4,99€ par mois pour un accès complet . Gros bémol: seul le catalogue d'Universal est disponible pour le moment . Autre offre dans cette lignée: Intégré dans son offre AliceBox à 29,95 €, l'abonnement donne droit au catalogue complet d'EMI, soit environ 7.500 artistes : Norah Jones, Radiohead (excepté le dernier), Placebo, Queen, Pink Floyd, les Rolling Stones, Coldplay, Daft Punk, les Beastie Boys, Gorillaz, etc. Mais si l'accès au catalogue n'est pas limité au genre, comme dans l'offre de Neuf, elle reprend en revanche le système de DRM made in Microsoft utilisé par Universal : restriction de lecture au seul Windows Media Player, maximum de 3 transferts vers des périphériques externes (baladeurs, téléphones mobiles), et renouvellement de la licence tous les mois sous peine de destruction des fichiers.
Offre différente: Le groupe Lagardère Active a lancer fin janvier 2008 en partenariat avec Orange Musiline, un portail d'écoute en streaming à la Deezer. Au menu, accès gratuit, flux musicaux personnalisables, et création de profils. musiLine n'est pas présenté par Orange comme son moyen d'investir le créneau mais l'opérateur n'exclue pas la possibilité à l'avenir de déployer un catalogue de titres en téléchargement gratuit, à l'instar de Neuf.

Ces nouveaux services "illimités" sont donc pour l’instant limités au catalogue d’une seule maison de disques et reposent tous sur un système de DRM qui limite dans le temps la licence des titres téléchargés. S’ils s’ouvriront vraisemblablement à d’autres catalogues dans le courant de l’année 2008, la suppression des DRM dans ces offres sur abonnement n’est cependant pas au programme.
On le voit, l'intégration des nouveaux usages dans les offres licites est en place. Mais il pose un certain nombre de problème d'ordre légal. Si les ayants droit et l'ensemble de la filière musicale semblent décidés à mieux tirer parti des pratiques des internautes, ils conservent une stratégie visant à une régulation de la circulation illicite des oeuvres, avec en parallèle une politique plus ouverte quant à des modes innovants de diffusion.
La question est finalement de savoir dans quelle mesure les internautes vont accepter d'être encore et toujours exposés à la publicité pour consommer des contenus. Il est vrai que les habitudes de consommation avec l'audiovisuel nous ont habitué à voir des spots à tout va (c'est dire, aujourd'hui, les patrons de certaines chaînes avouent ouvertement ce que tout un chacun sait: les programmes sont créés pour les espaces publicitaires qui les jalonnent...). Mais il est certainement plus perturbant d'avoir 10 secondes d'extrait audio pour la lessive X au début d'un morceau des pink floyd. On peut donc affirmer que certains préfèreront des offres sans publicité, quel qu'en soit le modèle. C'est pourquoi les services financés par la publicité peuvent être considérés comme complémentaires plus que concurrentes des offres payantes.

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